Lundi 26 janvier 2009
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Rien ne
ressemblait à l’idée qu’elle s’en était faite. Tout était sombre, glacé, glauque. La petite fille nageait sur place, sans presque aucun mouvement. L’envie de plonger l’avait rattrapée sur la
dune, alors qu’elle y courait en compagnie de Xic. L’attraction de l’eau était devenue irrésistible et la fillette s’était jetée dans les vagues, sans y réfléchir, oubliant que personne ne lui
avait jamais appris à nager. Très vite, elle avait sombré, sans même chercher à lutter, laissant les abysses l’entraîner sans bruit, dans un glissement furtif et
irrémédiable.
Et soudain, la bête avait surgi, de nulle part, comme un fantôme, une vision, un mirage. Immense, toute en tentacules
gigantesques, en chair dansante et molle, entraînée par les courants comme une chevelure. Son œil unique, disproportionné, posé au milieu de sa tête comme un phare luisant et grotesque, fixait
Gaïa tandis qu’elle l’attrapait et l’attirait vers son bec, petit et crochu, épais et probablement redoutable. Gaïa se plongea dans l’océan vitreux
de cet œil amorphe, s’en servit comme d’une fenêtre pour entrer. Leur rencontre fut brutale, comme un choc frontal inévitable. Mais à l’intérieur de l’esprit animal Gaïa ne trouva que
l’obscurité, le froid, la peur. Il n’y avait rien qu’elle aurait pu apprivoiser. Elle comprit à cet instant qu’elle allait mourir, lentement mais inexorablement, à jamais captive des longs
tentacules. La pieuvre géante était en train de nager vers le fond, là où la pression deviendrait vite trop forte pour la petite fille qui déjà, sentait ses poumons réclamer l’air dont ils
étaient privés depuis trop longtemps. Alors son esprit devint lame, s’enfonça impitoyablement dans les peurs du mutant, lacérant ses dernières lueurs d’intelligence, lui faisant comprendre que sa
proie allait causer sa perte. Les tentacules la libérèrent d’un seul coup. D’un coup de talon, Gaïa remonta vers la surface tandis que derrière elle la pieuvre continuait de s’enfoncer vers le
fond, là d’où elle était brusquement sortie pour happer Gaïa.
Jaillissant à la surface dans une gerbe d’éclaboussures, Gaïa lâcha un cri de soulagement tandis que l’air envahissait
de nouveau ses poumons. Elle se mit à rire, gaiement, avec force, fêtant sa première victoire sur un esprit. L’exercice était moins anodin qu’il en avait l’air. Il avait permis à Gaïa de
comprendre toute l’étendue de ce pouvoir auquel, jusqu’à présent, elle n’avait pas fait appel. Le danger avait été le catalyseur. Elle sortit de
l’eau, accueillie par Xic qui n’osait pas entrer dans l’eau et qui jappait craintivement tandis qu’elle marchait vers lui. Les Hur’s connaissaient l’existence de cette pieuvre géante. Les nageurs
qui partaient parfois à la recherche d’un peu de poisson la rencontraient plus souvent que ce pourquoi ils avaient plongé. La faune et la flore aquatique avaient survécu de manière inégale sur la
planète. Certaines régions en étaient totalement dépourvues. D’autres en gardaient quelques vestiges, souvent modifiés mais existants. Cette mer là offrait encore quelques poissons quand la
pieuvre ne les dévorait pas avant les pêcheurs.
- Tu es imprudente, petite Gaïa…
la pieuvre est dangereuse…
Podock était un ami d’Ashton et il s’était pris d’affection pour la petite fille. Souvent, il la surveillait à son
insu, bien que sachant que les ressources dont elle disposait lui permettaient d’échapper à bien des dangers. En la voyant pénétrer dans l’eau, il avait couru à sa suite mais pas assez vite. Il
n’avait pu la suivre. Elle était déjà si loin qu’il avait eu peur de manquer de forces. L’idée aussi d’avoir à affronter la pieuvre avait achevé ce qui lui restait de craintes. En la voyant
revenir, il avait lâché un profond soupir de soulagement, voulant aussitôt oublier sa lâcheté. Il marcha vers elle.
- Ton père serait fâché s’il
savait que tu entres dans l’eau sans surveillance. reprit-il d’une voix contrariée.
- Ne t’inquiète pas ! Ce
n’est pas un mollusque qui va m’arrêter ! assura-t-elle avec un sourire narquois. D’ailleurs, celui-ci, à mon avis, n’embêtera plus personne…
Elle avait un regard étroit et intense, lumineux et flamboyant. Podock n’y résista pas. Il baissa la tête. La petite
fille éclata alors de rire et partit en courant.
- Le dernier arrivé est un vieux
rabougri ! cria-t-elle.
Podock haussa les épaules et ne fit même pas mine de vouloir la rattraper. Traînant les pieds dans le sable des dunes,
il regagna lentement le village où Gaïa avait déjà entrepris de raconter ses exploits à ses petits camarades. Poursuivi par les quolibets des enfants, Podock se réfugia dans sa
cahute.
- D’abord, c’est pas vrai…
maugréa-t-il. Je ne suis pas un vieux rabougri.
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