Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /Jan /2010 18:40
Déchirure

 

          Le petit garçon, six ans à peine,  pleurait presque sans bruit, penché sur son reflet sans vie.

Ne me quitte pas, Logaï… Je t’en prie… renifla-t-il d’une voix brisée par le chagrin. Je t’en prie, ne me quitte pas.

          L’endroit était si sombre que l’enfant ne faisait que deviner le petit corps inanimé. Ses pensées tournaient en rond, se heurtant à la peur, à la douleur. Il n’osait plus bouger, prostré et terrifié, attendant sans doute que la mort le fauche lui aussi.

Logaï… Qu’est-ce que je vais faire sans toi ? reprit-il tandis qu’il cherchait la main inerte du petit garçon. Tu ne peux pas partir comme ça. Je t’en prie, reviens.

Mogaï… Mogaï…

          La voix chuchotait, à peine un souffle et l’enfant sursauta.

Qui est là ? articula-t-il, pétrifié.

Mogaï… Mogaï… répéta la voix.

          Soudain, le petit garçon réalisa que l’obscurité s’estompait, que des lumières de couleurs différentes commençaient à apparaître, ça et là, comme des ions dispersés, s’avivant peu à peu, s’affirmant au fil des secondes, illuminant lentement la pièce d’une clarté de plus en plus vive. La Voûte s’éveillait et bientôt, dans toute sa puissance, elle allait disperser son esprit comme elle avait soufflé la vie de Logaï.

          Mogaï était terrorisé mais il ne lâchait pas la main de son frère. Il savait pourtant qu’elle resterait immobile, définitivement inanimée. Il avait le sentiment que s’il le quittait maintenant, c’était son propre mental qui allait rester là, derrière lui, disséminé dans le noir, sans espoir de rédemption.

Mogaï… reprit la voix.

          L’enfant sentit alors la douleur s’insinuer, elle aussi, perfidement, degré après degré, jusqu’à devenir palpable, insupportable. Il se mit à crier, les mains serrées sur ses tempes. Un court instant, l’esprit éparpillé de Logaï se mêla au sien, lui apprenant l’ultime douleur, la peur totale, le désespoir absolu, lui offrant pêle-mêle confusion, terreur et folie confondues. Ils fusionnèrent une dernière fois, tandis que leur esprit ne faisait plus qu’un. Totalement complémentaires lorsqu’ils étaient ensemble, Mogaï savait que la disparition de Logaï signifiait un changement brutal, un monde nouveau dans lequel il aurait le plus grand mal à se retrouver. Il chercha à retenir cette présence calée dans son esprit.

Ne pas pas…je t’en supplie… sanglota-t-il.

          Il s’accrochait, désespérément, mais c’était comme s’il essayait de retenir de l’eau entre ses mains. Il sentait que Logaï s’éloignait irrémédiablement et il ne pouvait pas l’empêcher.

Mogaï !

          Cette fois la voix fut forte, masculine, toute proche. Un tout jeune homme venait d’entrer et sa silhouette massive, imposante, se pencha sur Mogaï. Le petit garçon leva ses grands yeux clairs sur lui, reconnut ce visage orné d’une barbe brune courte et bien taillée, ce regard pur tellement semblable au sien, empreint de douceur et d’un amour infini.

JonaLaï… articula-t-il. Logaï est mort.

Vous ne deviez pas entrer ici ! gronda JonaLaï. Logaï le savait et tu le savais aussi !

Il voulait… il voulait voir… hoqueta l’enfant. Je n’ai pas voulu le laisser seul... Mais… quand on est entrés, il s’est mis à crier et il est tombé.

Vous n’étiez pas prêts ! Ni l’un ni l’autre ! Allons, viens, il faut sortir d’ici ou toi aussi tu mourras.

Non… Pas sans Logaï !

On ne peut pas l’emmener, Mogaï ! Tu le sais bien ! Toute personne qui meure ici doit y rester. Logaï fait désormais partie de la Voûte.

          Comme pour lui donner raison, la masse des ions colorés qui n’avait pas cessé de tourner autour des enfants se rapprocha du petit Logaï, en fit le tour comme s’il avait voulu en prendre les mesures. Puis, lentement, ils s’intégrèrent au corps inanimé et commencèrent à se disperser, lentement. Mogaï ne pouvait détacher son regard de ces minuscules particules colorées qui, en désagrégeant, emportaient son frère avec elles. L’homme dut faire usage de la force pour que l’enfant le suive. Il l’attrapa à bras le corps, l’obligeant à quitter cet endroit où son frère jumeau, sa moitié, son double parfait, venait de s’éteindre, happé par une force dont il n’avait pas mesuré l’intensité.

          A peine eurent-ils passé la porte que l’obscurité reprit peu à peu ses droits, engloutissant dans les ténèbres le petit Logaï, cruellement emporté par sa curiosité. Alors Mogaï sentit le froid, l’absence, pénétrer chaque atome de son corps, le transpercer, le marquer au fer rouge et s’installer, comme un virus, en plein cœur de son esprit. JonaLaï caressa la chevelure longue et brune du petit garçon, lui sourit tristement.

Tu aurais pu mourir aussi, petit frère. dit-il.

C’est comme si j’étais mort. rectifia Mogaï dans un hoquet. Je ne peux pas vivre sans Logaï.

Il va falloir apprendre, Mogaï. Viens… Notre mère t’attend. Et crois-moi, elle a autant de chagrin que toi.

          L’enfant prit la main tendue sans un mot et suivit son frère aîné, non sans un dernier regard en arrière vers cette lourde porte qui venait de lui prendre la moitié de lui-même. Mogaï sentit la pression s’affermir sur sa main et il reporta son attention sur le jeune homme qui le conduisait.

Dis, JonaLaï… Tu ne me quitteras jamais, toi ? demanda-t-il.

          Le jeune homme sourit péniblement, faisant  bonne figure aussi bien qu’il le pouvait. S’il voulait que Mogaï surmonte sa peine il était essentiel que lui-même cache cet immense désarroi qui l’avait envahi lorsqu’il avait senti la vie de Logaï s’enfuir inexorablement. Comprenant la tragédie qui se préparait, il avait couru de toutes ses forces, traversant l’immense palais à larges enjambées, dans l’espoir insensé d’arriver à temps. Mais la déchirure avait pourtant eu lieu. Il n’avait rien pu empêcher. Logaï était mort et avec lui une partie de Mogaï. Lorsque c’était arrivé, JonaLaï s’était arrêté brutalement, frappé lui aussi par la douleur.

          Le souffle coupé, l’esprit éparpillé, il lui fallut plusieurs secondes pour se reconstituer et voler au secours de celui qui pouvait encore être sauvé. Car Mogaï, contrairement à son jumeau, n’avait pas succombé à la pression de la Voûte. Il l’avait même étonnamment supportée. JonaLaï se souvint que des deux enfants c’était Mogaï qu’il avait toujours préféré même si Mogaï était souvent froid, sombre, secret. Tout le contraire de Logaï. Mogaï et lui étaient tellement complémentaires. Sans Logaï comment Mogaï allait-il survivre ? On savait que les jumeaux, en dehors du fait d’être extrêmement rares, ne devaient jamais être séparés. C’était une amputation qu’ils parvenaient rarement à surmonter. Lequel des deux avait ouvert la porte qui, d’ailleurs, aurait dû résister. Pourquoi s’était-elle ouverte ? Seul le contact avec un esprit penseur puissant le permettait. Et JonaLaï ne pouvait admettre que Logaï ait eu ce pouvoir. Pas plus que Mogaï. Ou alors tout le monde s’était gravement trompé sur les capacités des deux enfants. Y aurait-il eu un Maître parmi eux ? Mais presque aussitôt cette question lui avait paru inadéquate. Si Maître il y avait eu, Logaï ne serait pas mort. Mais pourquoi Mogaï avait-il survécu ? Toutes ces pensées tournaient à une vitesse folle dans l’esprit de JonaLaï alors qu’il volait au secours des enfants.

          La question que Mogaï venait de lui poser le fit frémir malgré lui. Pouvait-il faire une pareille promesse ? Il savait qu’il n’en avait pas le droit. Pourtant, il lui sourit et caressa sa longue chevelure d’ébène avec une profonde tendresse.

Jamais, Mogaï … Je serai toujours là quand tu auras besoin de moi. promit-il.

 * * * *

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Par KRYSTINE SAINT THOMAS - Publié dans : Fiction
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Dimanche 11 octobre 2009 7 11 /10 /Oct /2009 09:36
Cette fois, ça y est... Le Saint Thomas nouveau est arrivé ! Fiction et aventure. Je suis sûre que tous ceux qui ont aimé le premier vont adorer celui-là. Personnellement, c'est mon préféré... Moins noir, peut-être... Quoi que... Enfin, vous verrez...

Pour vous le procurer ? Facile. Vous m'envoyez un mail et je vous adresse le bon de commande qu'il vous suffira de renvoyer à l'éditeur avec votre règlement. Voilà, c'est tout.... Attention, la limite de commande est janvier donc prévoyez de ne pas le recevoir avant.

BIZ à tous.
Par KRYSTINE SAINT THOMAS - Publié dans : Fiction
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Mercredi 16 septembre 2009 3 16 /09 /Sep /2009 18:51
Coucou, me revoilou !

Eh oui, ça y est, j'ai le virus de la Grippe R.A. (romancite aïgue)... Après la petite fille des dunes, voici un nouvel opus, dans le genre plutôt Science Fiction, cette fois. ça devrait s'appeler "L'envol du Mogaï" et si tout va bien sa publication devrait se faire aux environs de février 2010. Mais pour ça, je vais avoir besoin de vous tous...

Alors à vos bons de commande... Je vous ferai signe à tous le moment venu.

BIZ




Par KRYSTINE SAINT THOMAS - Publié dans : Fiction
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Lundi 9 mars 2009 1 09 /03 /Mars /2009 11:38
Bonjour à tous,

Il semblerait que vous avez du mal à trouver le lien qui mène au site de l'éditeur.

Je vais donc le rajouter ici pour qu'il soit bien visible.

http://www.edilivre.com/doc/7334


Sinon, il suffit de cliquer sur "NOUVEAU LIEN" et voilà !

Bonne lecture à tous.

Krystine Saint Thomas
Par KRYSTINE SAINT THOMAS - Publié dans : Litterature
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Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /Fév /2009 15:01
Cher toutes et tous,

Il était une fois un roman qu'on ne pouvait lire... qu'en morse...

Eh oui, pas de chance, le premier exemplaire que j'ai eu entre les mains ce matin (c'est tout frais) était rempli de coquilles. Impossible à lire.

Après identification du problème (incompatibilité entre le logiciel PDF et le programme de l'éditeur) tout est rentré dans l'ordre. L'éditeur et l'imprimeur vont rectifier le tir de toute urgence.

Mais si, par malchance, votre exemplaire faisait partie du mauvais lot, je vous invite à le renvoyer à l'expéditeur qui, en toute logique, devrait vous le remplacer.

N'hésitez pas à me contacter si vous rencontrez le moindre problème.

Je vous embrasse.

Krystine Saint Thomas

Par KRYSTINE ST - Publié dans : Litterature
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